De : Elio Di Rupo <elio@ps.be>
Date : 9 juin 2010 10:47:58 GMT+02:00
À : "'apff@francophonie.be'" <apff@francophonie.be>
Objet : La réponse du PS
Monsieur le Directeur,
Depuis 125 ans, le PS milite pour construire une société qui concilie de manière harmonieuse solidarité, liberté, sécurité, autonomie et respect des personnes dans des espaces de prospérité à tous les niveaux de pouvoir.
Pour les socialistes, ce modèle de société est le plus à même de générer du bien-être pour le plus grand nombre, des relations sociales apaisées, dans le respect de la diversité culturelle.
Après plusieurs décennies de stabilité, la Belgique a connu, à la suite des élections législatives de 2007, la plus longue crise politique de son histoire. Jamais, dans cette période dite de " l'Orange bleue " durant laquelle les socialistes furent évincés, la Belgique n'avait semblé aussi menacée dans son existence par les conflits communautaires.
Après 6 mois de paralysie totale du pays, les négociateurs se sont tournés vers le PS. Dans la mesure de notre poids politique, nous avons pu alors contribuer à la stabilité du pays.
Fin avril, les manuvres politiciennes de la famille libérale flamande et son absence de sens de l'Etat ont plongé nos concitoyens dans une nouvelle crise politique menaçant la stabilité même de nos institutions. Loin de nous rapprocher d'une quelconque solution, la crise provoquée par les libéraux flamands risque de renforcer les extrémistes des deux côtés de la frontière linguistique. Ce qui rendra plus compliquée encore la recherche d'une solution équilibrée et négociée aux problèmes institutionnels.
Force est de constater aussi que la vie quotidienne de nos citoyens, qu'ils soient Flamands, Wallons ou Bruxellois, néerlandophones, francophones ou germanophones, risque de se dégrader en cas de crises politiques à répétition, car elles conduisent l'Etat à l'immobilisme. Elles sapent la confiance et altèrent notre image dans le monde.
Alors que les citoyens sont déjà confrontés à une grave crise sociale et économique, il est dès lors impératif de stabiliser l'Etat fédéral.
Aussi, le PS plaide pour établir un dialogue respectueux et constructif avec le Nord du pays et pour mettre en place au lendemain des élections un gouvernement fédéral capable de s'attaquer aux problèmes économiques et sociaux sans être paralysé par les questions institutionnelles.
Dans ces circonstances, une solution institutionnelle négociée s'avère indispensable.
L'enlisement dans lequel nous a plongé la famille libérale ne profite qu'à ceux qui veulent démanteler la solidarité interpersonnelle, les droits des francophones, des Wallons et des Bruxellois et l'unité du pays.
L'enlisement ne permettra pas d'obtenir des avancées au profit des francophones de la périphérie bruxelloise et de Flandre. En l'absence d'un dialogue institutionnel concluant, leur situation s'est déjà dégradée ces dernières années.Le PS veut résolument tourner notre pays vers l'avenir. Le PS est prêt à prendre ses responsabilités pour sortir le pays tant de la crise sociale et économique qu'il traverse que du blocage institutionnel.
Le PS tient aussi à rappeler que la position commune adoptée le 14 janvier 2005 par l'ensemble des Présidents de partis démocratiques francophones et relative aux communes à facilités est plus que jamais d'actualité.
Les Présidents de parti y indiquaient qu' " une façon de rencontrer l'exigence d'un renforcement des droits des francophones de la périphérie bruxelloise est d'envisager un élargissement des frontières de Bruxelles ".
Le PS est prêt à discuter de réformes institutionnelles qui visent à stabiliser le pays et établir un fédéralisme de prospérité.
Ce fédéralisme de prospérité s'organisera autour d'un double socle:
1) un Etat fédéral garant des droits et libertés de chacun ainsi que des outils de régulation et de redistribution notamment à travers la solidarité interpersonnelle, la protection sociale, le droit du travail, la cohésion économique et sociale ou encore de la concertation sociale ;
2) une autonomie et des responsabilités accrues pour les Régions, afin de leur permettre d'exercer leurs compétences de manière plus cohérente et d'être mieux positionnées pour préparer l'avenir. Les Régions doivent être en mesure d'investir efficacement dans les capacités des gens, l'innovation, le développement économique, la création d'emplois durables et l'écologie sociale.
Ce fédéralisme de prospérité suppose le renforcement de la Région bruxelloise placée sur pied d'égalité avec les deux autres Régions.
En outre, pour le PS, le fédéralisme de prospérité se base nécessairement sur le respect mutuel. Il garantit en particulier le respect des minorités linguistiques.
Dès lors le PS demande notamment que :
- les droits des francophones de la périphérie bruxelloise et des Fourons soient renforcés afin de les préserver de toute tracasserie et vexation communautaires ;
- la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales du Conseil de l'Europe soit ratifiée;
- que la démocratie ainsi que de l'autonomie locales soient respectées notamment par la nomination de bourgmestres élus démocratiquement ;
- les écoles primaires francophones établies dans les communes à facilités puissent relever directement de la Communauté française;
- les exigences linguistiques disproportionnées imposées aux enseignants des écoles francophones de la périphérie soient allégées dans les meilleurs délais, conformément à la jurisprudence dégagée en la matière par la Cour Constitutionnelle ;
- la Communauté française puisse organiser directement l'enseignement francophone à Fourons et dans les communes à facilités.
Dans le même état d'esprit, les socialistes sont évidemment attachés à défendre avec fermeté le principe de libre installation en Flandre, corollaire des droits et libertés consacrés dans plusieurs Traités européens et internationaux.
Concernant la signature d'un accord culturel entre les Communautés, cela fait plusieurs années que la Ministre socialiste de la Culture, Fadila Laanan, formule de telles initiatives à son homologue flamand. Nous ne désespérons pas d'aboutir dans le cadre du dialogue institutionnel qui se nouera très certainement au lendemain des élections.
A propos de l'idée de circonscription fédérale, plusieurs personnalités socialistes de premier plan ont déjà indiqué qu'il trouvait l'idée sympathique et intéressante. Nous trouvons qu'elle mérite d'être examinée très sérieusement.
Nous n'aurons d'ailleurs guère de difficulté à faire campagne avec les socialistes flamands, avec qui nous partageons de très nombreuses convergences, en particulier sur la forme idéale de notre Etat : le Spa est un parti fédéraliste et non confédéraliste ; et il est celui qui défend avec le plus de vigueur et de conviction dans le nord du pays la solidarité interpersonnelle, la sécurité sociale, et sa consolidation au fédéral. Il ne vous a d'ailleurs peut-être pas échappé que les socialistes flamands faisaient campagne avec des affiches sur lesquelles figure un des fondateurs de la Sécurité sociale ; tandis que les libéraux flamands font quant à eux campagne en demandant le confédéralisme, notamment à travers la régionalisation des allocations de chômage et l'impôt des sociétés.
Mais nous avons également le devoir d'être extrêmement vigilants quant aux effets d'une telle circonscription sur les droits des francophones et l'équilibre des forces entre francophones et néerlandophones au niveau politique.
Il ne faudrait pas qu'un excès d'angélisme dans la mise en uvre de cette idée porte préjudice aux intérêts des francophones. En effet, les Flamands de Belgique sont environ 6 millions, les francophones 4 millions. Il faut donc trouver des modalités qui ne portent pas atteinte aux francophones.
De même, si cette mesure vise à renforcer l'Etat fédéral, il n'y aucune raison que les francophones soient les seuls à devoir faire des concessions pour l'obtenir dans les futures discussions institutionnelles.
Il n'est donc pas question que cela soit la contrepartie d'une scission de BHV qui se ferait au mépris des droits des francophones de la périphérie ou d'une scission partielle ou totale de la Sécurité sociale.
Au PS nous avons d'abord d'autres préoccupations à défendre en cas de dialogue institutionnel, notamment : la solidarité interpersonnelle, les droits des francophones de la périphérie et de Flandre et de Bruxelles, le refinancement de Bruxelles, et le soutien de la Wallonie dans son redéploiement économique et social.
L'immobilisme de l'orange bleue, les provocations, les exclusives, les préalables, les ultimatums n'ont jamais apporté aucune amélioration dans la situation des francophones de Flandre et de leurs droits.
Au contraire, la situation s'est dégradée ces dernières années, faute de dialogue concluant. Au PS, nous ne voulons pas nous borner à demander le respect des francophones, nous sommes prêts à aller négocier afin de l'obtenir.
Si les citoyens lui font confiance, sans arrogance, sans provocations inutiles, le PS ira négocier avec fermeté mais aussi avec le courage de vouloir trouver une solution. Et en ayant confiance dans le potentiel des Wallons, des Bruxellois et des francophones.
Responsables politiques du Nord et du Sud doivent ce courage à nos communautés respectives, aux Flamands, aux Wallons et aux Bruxellois.
En tout cas, le PS est prêt à fournir cette dose de courage sans laquelle rien ne sera plus possible.
Restant à votre disposition, je vous prie de croire, Monsieur le Directeur, à l'assurance de mes sentiments cordiaux.
Elio Di Rupo
Président du PS
Boulevard de l'Empereur 13
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Tél: 02/548.32.11
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